Perspectives de contact de langue dans un corpus de bilingues : Propriétés pluri-instructionnelles de et (L2, français) face à -te et -tari (L1, japonais)

INTRODUCTION

Chez les bilingues ou en devenir bilingue les connaissances respectives des deux langues entretiennent une relation de complémentarité (PY, 96, MUYSKEN, 00). On parle d'une capacité (compétence) de second niveau assurant la gestion globale des possibilités communicatives du sujet susceptible d'appeler deux langues en discours. Cette gestion globale peut être considérée comme le fruit d'une mise en contact de langues allant de pair avec l'avènement de l'équilibre bilingue. Nous avons choisi de l'observer à travers de petits objets linguistiques tels que les connecteurs.

Nous nous appuyons sur un corpus de données orales recueillies (enregistrées puis transcrites) auprès de trois locutrices japonophones. Il s'agit de tâches narratives monologiques sollicitées successivement dans les deux langues (français, L2, puis japonais, L1).

La méthode de recueil de données, le corpus, le profil des enquêtées seront présentés.

Dans cette communication nous nous limitons à l'examen de et tel qu'il est mis en œuvre par les locutrices. Nous nous demandons ce qui justifie le marquage d'un lien par et, quelle est sa valeur, si ces emplois sont représentatifs de L2, de la mise en contact L1 / L2 s'ils reflètent l'emploi de connecteurs ou d'autres marques équivalentes en L1, à moins que les locutrices n'aient recours à d'autres procédés. En effet, on ne s'attend pas à trouver des connecteurs dans les contextes équivalents là où en français (L2) les japonophones ont eu recours à et.

1. Angle d'analyse

Les connecteurs sont considérés à la fois comme traces, marques instructionnelles, marqueurs discursifs. (LUSCHER, 94) L'attitude adoptée pour les analyser est structurale, empirique, lexicale; elle a recours à la substitution d'une unité par une autre pour dégager sa valeur. Enfin, l'étude proposée ici est qualitative.

2. Et archiconnecteur

La littérature présente et comme le premier connecteur acquis (FAYOL, 94), supportant plusieurs significations instructionnelles (LUSCHER ,94). Il s'agit de considérer les emplois qu'en font des locuteurs non natifs.

On constate que et intervient là où en contextes équivalents apparaissent d'autres marques spécifiques du japonais qui ne présentent pas d'analogie stricto sensu avec et.

3. Et face à -te et -tari en japonais L1 (étude menée sur corpus)

Dans ces deux cas (3.2, 3.3) c'est le verbe qui arrive en fin d'énoncé qui porte la marque aspecto-temporelle.

Conclusion

Les locutrices mobilisent des connecteurs présentant des similitudes sémantiques et pragmatiques, relevant de bases grammaticales différentes et n'imposant pas les même contraintes.

Ainsi il apparaît que la polysémie de et fonctionne là où -tari et -te, très différents l'un de l'autre, sont appelés en japonais. Le choix de et est aussi lié à la procédure d'énonciation des connaissances consistant à formuler les informations au fur et à mesure qu'elles arrivent en mémoire alors qu'en L1 l'information véhiculée est plus compacte, plus synthétique. Du point de vue des contenus informationnels les deux versions linguistiques se complètent.

L'utilisation de et, -te, -tari telle que nous l'avons observée illustre bien cette capacité du bilingue à mettre en contact ses deux langues pour assurer leur gestion respective sans qu'il y ait inhibition en L2.

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